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 liseiris + all those walls and memories

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MessageSujet: liseiris + all those walls and memories   Lun 2 Juin - 17:21

all those walls and memories

« Bon week-end Lisea. » me dit Isaac avec un sourire, quand il voit que ma blouse est posée sur mon bras, et que mes clés d'appartement sont déjà dans ma main. « Bon courage pour ta garde, on se voit lundi. » Il fronce les sourcils. Mais je ne lui laisse pas le temps de me poser plus de questions, je m'éclipse par la porte d'entrée de Sainte-Mangouste et marche d'un pas pressé dans les rues moldues. Je suis super stressée. Pourquoi, je ne sais pas, mais mes mains sont moites et je me sens un petit peu... à côté de la plaque. J'ai passé une journée des plus normales pourtant, mais quelque chose cloche. Je ne suis pas à l'aise, et je me rends compte au fur et à mesure que ça a sûrement à voir avec ce qui m'attend ce week-end. À l'angle de la rue, je regrette d'avoir été si brève avec Isaac, qui est de loin la personne qui s'apparente le plus à un ami dans mon entourage. Je m'excuserai lundi, en prétextant quelque chose. C'est vraiment dommage que nous n'utilisions pas les téléphones portables, nous, les sorciers. J'ai toujours été fascinée par la facilité de communication que ça donne à nos amis moldus. Je ne sais pas comment marchent ces histoires de transmission, toujours est-il que ça doit être super pratique, de pouvoir envoyer des messages n'importe quand, à n'importe qui, sans se soucier de trouver une plume, un parchemin ou même un hibou pour faire le boulot. Là par exemple, j'aurais pu envoyer un message à ma mère, pour la prévenir que je ne vais pas tarder. Puis j'aurais envoyé un message à Jane, pour qu'elle commence à mettre les choses en place. Enfin, j'aurai envoyé un message à Isaac pour m'excuser de mon comportement bizarre. Mais bon. Ça ne sert à rien d'épiloguer. On a pas de téléphones, et c'est comme ça. N'empêche que ça me conforte dans l'idée que les moldus ont du mérite. Ils n'ont pas tout, tout cru dans la bouche comme nous, alors ils trouvent des moyens scientifiques de palier à tout ce qui leur manque. On devrait peut-être en prendre de la graine, nous. On aurait bien besoin de quelques innovations dans ce monde sorcier trop plein de traditions. C'est comme si nous étions obligés de garder tous les clichés de nos grands-parents : les manoirs, les robes, les hiboux. Franchement, parfois, je trouve ça idiot. J'aimerais pouvoir venir au travail sans cette énorme robe émeraude qui donne chaud et qui me donne l'air d'être un mammouth. Pareil pour les manoirs, j'aimerais qu'il soit plus normal pour un sorcier d'habiter dans un appartement, comme je le fais. Ce monde est en train de pourrir sous toutes ses traditions, et surtout sous ses traditions idéologiques qui nous détruisent un peu plus chaque jour. J'aimerais être de ces filles qui prennent leur courage à demain pour tout changer. Mais je ne peux pas me permettre. Ce serait du suicide. J'ai toujours été une partisane du profil bas, ce n'est pas maintenant que je vais changer.

Je transplane dans mon appartement du Londres sorcier et me débarrasse de cette horreur de couleur verte qu'ils appellent uniforme réglementaire. Mon sac est déjà prêt sur mon lit, je l'ai fait hier, consciencieusement, en rayant au fur et à mesure les choses que je mettais dedans pour être sûre de ne rien oublier. Je prends une douche rapide, puis prends un petit goûter. J'ai beau être une grande fille, c'est une institution, le goûter. Je m'enfile une bonne dizaine de chocogrenouilles avant de m'en vouloir et de me faire un thé, qui refroidit doucement le temps que je termine mon sac. Je jette un coup d’œil à l'horloge de ce qui me fait office de salon, de pièce de vie et de chambre d'ami. Il est l'heure. J'enfile mon manteau, un foulard coloré, et abandonne l'idée de dompter ma tignasse de cheveux trop épais. On s'en fiche. Je transplane de nouveau, mon sac sur un bras, et un bouquet de fleurs à la main. Je suis dans le Londres moldu en quelques secondes, et je marche dix bonnes minutes avant d'arriver devant la porte de Jane et Henry. Comme d'habitude, ils m'accueillent avec de grands sourires et des paroles chaleureuses. Maman est dans le salon, devant la télévision moldue. Assez surprenant, je m'attends toujours à la trouver plongée dans des fleurs ou dans des magazines féminins. Elle se tourne vers moi et je fonce sur le canapé pour la prendre dans mes bras. « Tiens, c'est pour toi. » Je lui tends des roses d'une couleur plutôt rare : le marron. « Je les ai vues l'autre jour en bas de chez moi, chez ce fleuriste dont je t'ai déjà parlé, et je me suis dit qu'il fallait que tu les voies, elles sont tellement belles. » Je reste fascinée devant les fleurs puis après quelques mots sympathiques échangés avec tout le monde, je me lève. « Il faut qu'on y aille, notre avion ne va pas tarder à décoller. » En un rien de temps, nous sommes dans la voiture d'Henry, nos sacs dans le coffre, et il nous conduit à l'aéroport, ou nous faisons enregistrer nos passeports et tout le tralala. Alors que je pensais que je serais stressée par tout ce bazarre, je me sens relativement bien. Peut-être est-ce du à la présence de ma mère qui, malgré sa mélancolie et son mutisme régulier, m'apaise. Je la traîne avec moi dans l'avion et nous nous installons sur des sièges moelleux. Ça fait des années que je n'ai pas pris l'avion. Il ne reste plus qu'à attendre le décollage. Nous échangeons des sourires, et je propose à ma mère quelques cookies. Mais avant le décollage, j'avoue être prise d'un mal de ventre soudain, parce que je me sens toujours un peu nerveuse par rapport à l'endroit où nous allons. Je me tourne vers maman, avec un sourire désolé. « Tu sais maman... Je suis vraiment désolée de devoir t'emmener avec moi pour ça. Si j'avais pu y aller toute seule, je l'aurais fait. Je sais que tu as autant envie que moi de retourner là-bas... » dis-je ironiquement. Je pense que beaucoup seraient tentés, dans ma situation, de traiter leur mère comme une petite fille à laquelle il faut tout cacher, une petite fille qu'il faut protéger. Mais ma mère n'est pas de ces femmes à qui on parle comme ça. Même si elle est fragilisée, Eiris Gedwyr, la femme forte que j'ai toujours admirée, est là. Ce serait idiot de ma part de lui parler comme à un enfant. Je m'y refuse catégoriquement. Alors quand j'ai compris qu'il faudrait qu'on retourne dans notre manoir en Irlande, je ne lui ai rien caché. Elle mérite mieux qu'une fille qui la traite comme une idiote.

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J'ai les jambes en compote à force de les avoir trop pliées dans le bus, puis ensuite dans le taxi qui nous a emmenées jusque là. Mon corps est tout ankylosé. Ce n'est pas surprenant. Je n'ai pas beaucoup dormi dans l'avion, le trajet n'était pas long de toute manière. Mais je savait bien que je ne dormirais pas dans le bus, et la fatigue commence à se faire sentir. Je me suis levée tôt ce matin pour aller travailler. Maintenant qu'on est là, toutes les deux, stoïques devant ce manoir qui nous rappelle mille et un souvenir, j'ai l'impression que mes jambes vont céder. Mais je ne peux pas craquer, ce serait idiot, et surtout, je ne peux pas faire ça à maman. Elle n'a pas besoin de ça. « Bon. » Je prends le sac de maman qui est par terre, à côté d'elle, et lui envoie un sourire que je veux rassurant. Nous remontons l'allée, silencieuses, et j'ouvre le manoir à l'aide de la clé que j'ai précieusement gardée, puis grâce à quelques sortilèges. Quand maman est partie vivre chez Jane et Henry, j'ai pris toutes les mesures pour que notre manoir reste en sécurité, et que toutes nos affaires restent intactes. Au final, j'ai l'impression que ça aurait été plus facile si les choses avaient un peu changé. Quand j'entre, il fait froid. Je ne sais pas si c'est le manoir qui est mal isolé ou mon cœur qui se glace devant cet endroit familier qui a été le théâtre de beaux moments aujourd’hui envolés. Une boule est coincée dans ma gorge. Maman dormira avec moi, hors de question qu'elle dorme dans le lit qu'elle partageait avec papa. Hors de question. C'est bien la dernière chose que je lui laisserai faire. J'expire un bon coup et pose nos sacs dans l'entrée, avant d'enlever mon manteau. « Tu as faim ? Parce que moi oui, tu m'aides à préparer à manger ? » Elle me connaît par cœur, et doit bien voir que je me rue sur l'idée de cuisiner pour m'éloigner du fait que je ne suis pas à l'aise ici. Si j'étais dans mon état normal, je ne lui aurai même pas proposé de m'aider à cuisiner... On connaît toutes les deux ses dons relatifs quand il s'agit de préparer à manger...
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MessageSujet: Re: liseiris + all those walls and memories   Jeu 12 Juin - 22:31

Eiris attrapa une veste, la fourra en vrac dans son sac de voyage, et la recouvrit avec une pile de t-shirt, ainsi que deux paires de chaussures. Elle tourna en rond sur elle-même en se passant anxieusement la main dans les cheveux, s’arrêta, recommença, secoua la main devant ses yeux comme pour chasser une mouche particulièrement agaçante, puis poussa un soupir, et retira la veste de son sac, non sans faire tomber tout ce qu’elle avait fourré par-dessus. Elle eut un petit cri agacé en se voyant les vêtements faire un petit tas sur le sol, et elle rejeta le sac sur le lit, sa patience mise à rude épreuve. Que devait-elle emmener pour ce fichu voyage ? Elle ne se souvenait plus du climat que l’Irlande pouvait présenter à cette époque de l’année, y ferait-il doux, ou plus froid ? Y aurait-il de la neige ? Elle était née en Irlande, elle s’était mariée en Irlande, elle avait vécu en Irlande la grande majorité de sa vie, et elle était incapable de se souvenir du climat ! Ce tout petit détail la mettait dans un état d’énervement avancé, et elle avait du mal à se calmer pour réfléchir posément. Elle était aussi fébrile qu’une enfant avant un long voyage, à qui ses parents auraient confié la tache de s’occuper elle-même de sa valise. Elle ne voulait pas oublier quoi que ce soit, mais elle ne voulait pas non plus encombrer tout le monde avec des futilités. Alors elle dévalisa son placard, sortit presque la totalité des vêtements qui y étaient soigneusement rangés, et elle finit par abandonner le combat quand elle se retrouva au milieu d’un véritable champ de bataille de tenues froissées. Elle s’assit au milieu de tout ce bazar, en fixant son sac à présent complètement vide, et ce ne fut que quand Jane vint enfin la secourir qu’elle accepta de se lever pour ranger un peu. Comme si sa mère venait d’entrer pour la sermonner doucement, elle fut aussi docile qu’une enfant, et elle laissa Jane choisir ses vêtements pour elle. Elle ne fit que hocher la tête, et plier soigneusement chaque pièce de tissu que son amie lui tendait, pour le mettre dans son sac. « Je ne veux pas y aller, Jane. » Souffla-t-elle soudain, en regardant la moldue avec un air suppliant. La vieille femme soupira et lui offrit un sourire désolé. « Je sais. Mais tu dois accompagner ta fille, tu ne peux pas la laisser retourner là-bas toute seule. » Eiris hocha gravement la tête. Elle savait qu’elle devait y aller pour Lisea, mais elle avait besoin qu’on le lui répète, sans quoi elle n’aurait pas la force d’aller jusqu’au bout. Elle aimait sa fille tendrement, et elle voulait tout faire pour l’aider … Mais ce qu’elle voulait et ce qu’elle pouvait, étaient à présent deux choses bien différentes. « Tu verras, tu en tireras aussi des choses positives. Ca te fera du bien de changer d’air, et de passer du temps avec Lisea. » A nouveau, Eiris hocha la tête, pas tellement convaincue que ce voyage puisse lui apporter quoi que ce soit de très positif, mais s’accordant sur le fait qu’elle devait passer du temps avec sa fille, et que ça, au moins, ça ne pouvait pas être mal. Et changer d’air … Oui, sans doute en avait-elle besoin, pour ne plus rester enfermée entre ces quatre murs qui la rendaient folle – plus encore qu’elle ne l’était déjà – mais elle doutait fortement que retourner dans le manoir qu’elle avait habité avec Wayne et  Lisea soit d’une grande aide pour aller mieux … Elle voulait oublier Wayne, pas qu’on la replonge dans les souvenirs qu’elle avait de lui. Mais Lisea avait besoin d’y retourner pour chercher des documents, et Jane avait raison : il était hors de question qu’Eiris la laisse face à une telle épreuve, seule. Elle l’avait bien trop souvent abandonnée ces derniers mois, pour faillir encore une fois à son rôle de mère …

Quand Lisea arriva finalement chez Jane et Henry, Eiris avait enfin bouclé son sac, et s’était sagement assise devant la télévision pour essayer de penser à autre chose qu’au voyage à venir. La boîte à images moldue fascinait Eiris quand elle était encore enfant, mais elle avait perdu de sa magie quand la petite fille avait découvert le monde des sorciers. Aujourd’hui, elle fixait l’écran sans vraiment le voir, mais cela faisait un bruit de fond, qui couvrait avec plus ou moins d’efficacité le murmure incessant qui entourait Eiris. Mais elle se leva et son visage s’éclaira en voyant sa fille, qu’elle prit dans ses bras et qu’elle serra sans doute un peu trop longtemps par rapport aux embrassades normales entre une mère et sa fille. « Tiens, c'est pour toi. Je les ai vues l'autre jour en bas de chez moi, chez ce fleuriste dont je t'ai déjà parlé, et je me suis dit qu'il fallait que tu les voies, elles sont tellement belles. » Lisea lui tendait un bouquet de roses, magnifiques, d’une intense couleur brune. Cette vision remua en Eiris un souvenir de croisement entre espèces végétales, mais ce souvenir s’effaça très rapidement, ne laissant qu’une impression de vide frustrant, comme après un rêve qui se délite trop vite. Et puis il y avait cette image de Wayne, revenu la voir avec une rose dans les mains … Eiris resta immobile face aux fleurs que lui tendaient sa fille, et ce n’est que quand Jane se racla la gorge qu’elle réalisa que son manque de réaction était un peu trop flagrant. « Oh … Merci, chérie. Elles sont … Elles sont magnifiques. Vraiment. » Même elle put entendre le manque d’enthousiasme dans sa voix, et elle se sentit misérable de ne pas pouvoir offrir un peu plus de reconnaissance à Lisea. Elle savait qu’elle allait chérir ces fleurs à l’avenir, elles lui rappelleraient la présence de Lisea à chaque fois qu’elle les regarderait et elle ferait tout son possible pour les garder en vie pendant longtemps, mais elle était incapable de chasser la chape d’ombre qui pesait sur elle en ce moment. Heureusement, sa fille ne sembla pas s’en offusquer, et elle prit les choses en main sans plus en parler. Egale à elle-même, jeune fille pleine de vie qui ramenait le soleil dans cette maison qu’Eiris assombrissait par sa seule présence, Lisea papota tranquillement, avant de leur rappeler leur départ imminent. « Il faut qu'on y aille, notre avion ne va pas tarder à décoller. » Encore une fois, Eiris se laissa totalement guider par Henry et Lisea jusqu’à ce qu’elles soient toutes les deux assises dans l’avion. Elle n’avait plus de mère que le nom, les initiatives et les idées neuves ne fleurissaient plus dans le jardin stérile de son esprit. Elle était constamment accaparée par les visages qui la hantaient, par les murmures qu’ils lui susurraient à l’oreille sans discontinuer, et il était très difficile pour elle de se concentrer sur le monde réel. Un monde qu’elle ne comprenait de toute façon plus très bien … « Tu sais maman... Je suis vraiment désolée de devoir t'emmener avec moi pour ça. Si j'avais pu y aller toute seule, je l'aurais fait. Je sais que tu as autant envie que moi de retourner là-bas... » Tirée de ses pensées par la voix de sa fille, Eiris tourna la tête vers elle. Elle prit sa main et lui fit le meilleur sourire rassurant qu’elle puisse composer – même s’il fallait pour ça qu’elle imagine la façon dont Jane aurait pu sourire à sa place. Ce genre de réaction ne lui venait plus naturellement. « Tu n’as pas à être désolée, je détesterai que tu ailles là-bas toute seule. Et je détesterai aussi d’y aller toute seule. On va détester ça ensemble, ça va être un super voyage. » Ajouta-t-elle dans une tentative d’être ironique à son tour. Elle voulait avoir une discussion normale avec elle, et elle devait faire des efforts pour trouver quoi dire, alors que tout ça avait été si naturel par le passé. « On va bien s’en sortir. » Ajouta-t-elle à voix plus basse, en serrant la main de Lisea dans la sienne. Elle ne savait pas si elle essayait d’en convaincre sa fille ou elle-même …

La suite du voyage se déroula tranquillement, mais Eiris sentait l’anxiété la gagner à mesure qu’elle reconnaissait les paysages qui défilaient sous ses yeux, et c’est avec une véritable boule au ventre qu’elle descendit du taxi pour contempler le manoir Gedwyr. Elle resta figée devant cette apparition, alors qu’elle détaillait cette façade qu’elle connaissait par cœur, mais qu’elle avait choisi d’oublier pendant près d’un an. Tout lui revenait en mémoire, chaque pierre de l’édifice lui était familière, chaque buisson, chaque fenêtre. Et chaque détail amenait son lot de souvenirs douloureux. Et merveilleux. « Bon. » Ce simple petit mot suffit à faire bouger Eiris, qui carra les épaules et qui suivit Lisea jusqu’au porche, puis à l’intérieur. A nouveau, elle marqua un temps d’arrêt, pendant lequel elle emplit ses poumons de l’odeur de bois ancien et de cire qui flottait. Exactement comme quand elle était partie … Rien n’avait changé. Elle s’avança lentement, posant son regard partout, comme pour s’emplir du souvenir d’un passé révolu. C’était douloureux, mais en même temps … Elle avait vécu tellement de bons moments, ici. Elle voulait revoir le salon, elle voulait revoir son bureau, son atelier, sa serre. Et leur chambre. Elle s’apprêtait à monter l’escalier quand la voix de Lisea l’arrêta dans son mouvement. « Tu as faim ? Parce que moi oui, tu m'aides à préparer à manger ? » Un sourire spontané prit naissance sur ses lèvres, et elle se mit à rire. « A tes risques et périls ! » Eiris n’était pas dupe, que sa fille lui demande de cuisiner était une sorte de dernier recours désespéré pour qu’elles restent ensemble et qu’elles s’occupent l’esprit au lieu de se disperser dans leurs souvenirs, mais l’ancienne sorcière attrapa cette perche avec un plaisir qui la surprit elle-même. Elle entra dans la cuisine et ouvrit des placards, un peu au hasard. Cette pièce n’avait jamais été la sienne, pas vraiment, et elle y était aussi perdue qu’avant. « Tu crois qu’il nous reste de quoi manger par ici ? Quelque chose que tu pourrais préparer sans que je nous empoisonne ? » Elle continua de farfouiller autour d’elle, puis ses yeux tombèrent sur un petit cadre à photo, posé sur un buffet, et elle sentit toute son énergie si soudaine s’enfuir par tous les pores de sa peau. Elle contemplait un portrait animé de Wayne, entouré de Lisea et d’elle-même, qui datait de quelques mois avant le début de la guerre. Ils souriaient, ils étaient heureux, et Eiris sentit son cœur se briser dans sa poitrine. Elle se souvenait pourquoi elle avait accepté de venir ici. Parce que Wayne l’avait à nouveau abandonnée, après avoir promis qu’il ne la quitterait plus. Il était revenu la voir tous les soirs … Mais ensuite il avait disparu. Encore. D’un coup sec, Eiris bascula la photo face contre le buffet, et elle alla s’asseoir comme une automate sur une chaise, devant la table de cuisine. « J’ai revu ton père, l’autre fois. » Lance-t-elle finalement, en fixant les dessins du bois de la table, comme si elle ne pouvait pas soutenir le regard de sa fille en lâchant une telle information. Mais elle avait besoin de lui en parler. Elle voulait maudire Wayne encore une fois à haute voix, bien que le faire devant Lisea la rendait malade. Elle en avait besoin.


Dernière édition par Eiris M. Gedwyr le Dim 21 Sep - 10:33, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: liseiris + all those walls and memories   Jeu 21 Aoû - 22:24

all those walls and memories

J'ai le même sentiment que si j'étais entrée chez quelqu'un qui venait juste de mourir. Vous savez, cette impression douloureuse que tout n'est pas pareil, que tout a vieilli d'un coup sans qu'on puisse expliquer pourquoi. L'odeur m'est familière mais c'est comme un souvenir douloureux sur lequel je ne préfère pas m'attarder. Je ne me sens pas à l'aise, même si je connais l'endroit par cœur et y ai grandi. Peut-être est-ce à cause du départ de Papa, peut-être est-ce à cause de ce qui est arrivé à maman.. Peut-être que c'est simplement moi qui ai grandi, changé. J'ai ma vie à moi désormais, loin de cet endroit qui évoque mon enfance plus qu'autre chose. Je vis dans mon propre appartement, gagne mon propre salaire, et je travaille dans une ville qui ne ressemble en rien à notre village irlandais. C'est peut-être normal, que tout ça me paraisse si... étranger. Les événements récents, eux, n'ont fait que créer l'inconfort qui s'additionne. Je sais que c'est difficile pour Maman, puisqu'elle reste un moment dans l'entrée, à contempler le bois et peut-être aussi nos souvenirs. C'est pour ça que je me sens obligée de détourner son attention et de l'occuper, tout comme je veux m'occuper aussi. Je ne compte pas m'attarder ici, c'est clair, et une nuit sera déjà bien assez douloureuse comme ça. On va trouver ces fichus papiers et partir de ce sanctuaire qui me donne presque des frissons. « A tes risques et périls ! » me répond maman avec un sourire, en entrant dans la cuisine. Je souris aussi légèrement. Sa petite blague a au moins le mérite de me détendre un peu. Je me lave les mains et essaye de dérider un peu mon visage, resté crispé trop longtemps. Il faut que je me détende, sinon maman ne se détendra pas non plus. C'est l'instinct maternel. Quoiqu'il nous soit arrivés, elle arrive toujours à savoir quand quelque chose ne va pas chez moi, quand quelque chose me tracasse. Jouer un rôle, avec elle, c'est difficile, même si je me suis améliorée depuis quelques temps. Je veux qu'elle voit en moi quelqu'un de fort, capable de s'assumer, et pour qui elle n'aie pas à se tracasser. Elle a déjà assez de soucis comme ça pour qu'en plus, elle s'inquiète pour moi. Je fais tous dans les règles et avec la sécurité la plus grande, j'essaie de mener une vie normale, de faire profil bas... C'est bien pour elle. On dit que les parents ne veulent qu'une chose : nous voir heureux. Même si j'en doute du côté de papa, je sais que maman souhaite que je m'épanouisse. Alors c'est ce que j'essaie de faire, en menant cette vie hors de danger, métro-boulot-dodo, comme disent les moldus. S'il ne s'agissait que de moi, j'aurais peut-être pris un autre chemin. « Tu crois qu’il nous reste de quoi manger par ici ? Quelque chose que tu pourrais préparer sans que je nous empoisonne ? » Je souris une nouvelle fois, et m'essuie les mains sur un torchon. Je ne devrais peut-être pas, il doit être là depuis un bon moment. « Ne t'inquiètes pas. J'ai amené deux trois trucs dans mon sac au cas où, de toute manière. Des choses qui étaient chez moi et qu'il faut manger assez vite. Je vais voir dans l'arrière-cuisine. » C'est le nom qu'on donnait en tous cas à cet espèce de placard dans lequel on laissait tout et n'importe quoi. Quand je passe la porte, je me fige, et observe les étagères, presque toutes emplies, comme si nous étions partis hier, comme si de rien n'était. J'ai mal au cœur. Je me souviens de toutes ces nuits où je me suis carapatée en dehors de ma chambre pour aller voler du chocolat dans ce petit endroit exigu, ou pour manger de la glace au caramel. Je passe les étagères en revue, pour de bon cette fois, en regardant et plus seulement en voyant, et mes yeux s'arrêtent sur des réserves de pâtes et de riz. C'est pas mal, ça. J'ai amené des tomates... Je vais pouvoir lui faire une bonne sauce tomate avec ça. Quand je reviens sur mes pas, maman est assise à la table de la cuisine, et son teint plus pâle que d'habitude me prouve qu'elle non plus, elle n'est pas à l'aise. J'ai mal pour elle. Elle doit avoir tant de souvenirs ici, aussi. J'imagine papa et maman devant le manoir, heureux de savoir qu'ils fondent leur famille, qu'ils ont un endroit où vivre ensemble, et ça me fait mal. Je secoue la tête pour secouer ces images douloureuses.

Je farfouille dans les placards rapidement à la recherche d'une casserole et d'une poêle, et quand j'ai les deux en mains, je commence à m'activer. Ce n'est que quand je reviens d'aller chercher les tomates dans mon sac que maman ouvre la bouche. « J’ai revu ton père, l’autre fois. » Debout devant le plan de travail, je me fige, et laisse tomber les tomates que j'ai dans la main. Pendant une seconde, je reste là, incrédule, incapable de faire quoi que ce soit... Puis je finis par reprendre mes esprits. « Tu.... Tu quoi? » Ma voix est un mélange de surprise, de fureur et de manque d'assurance. Après tout, je n'oublie pas que je lui ai caché mon entrevue inattendue avec papa, à Londres, plus tôt ce mois-ci. J'ai pensé que c'était ce qu'il y avait de mieux à faire. Je me suis dit qu'elle n'était sûrement pas au courant et que l'ignorer pendant encore un peu de temps ne pourrait que lui être bénéfique. Je crois qu'au fond, j'avais peur que la nouvelle lui fasse perdre la raison. Elle a failli me la faire perdre à moi, déjà, et comme maman n'a pas eu la vie facile ces derniers temps... Tout ça n'a servi à rien, du coup, il faut croire. Elle a revu papa. Comment, quand, dans quelles circonstances? Je n'en n'ai absolument aucune idée. Je ne serais pas surprise qu'il soit allée la voir de lui-même, même si j'étais contre l'idée. Il n'en a toujours fait qu'à sa tête de toute manière, alors ce n'est certainement pas sa gamine de dix-neuf ans qui va lui dire ce qu'il doit faire. J'aurais du m'en douter. « Comment, Quand?... C'est pas possible. » Je crois que j'ai murmuré cette dernière partie autant pour moi que pour elle. Avant de dire quoi que ce soit, j'ai besoin qu'elle m'explique. J'amène les tomates avec moi et une planche à découper sur la table de la cuisine et m'installe face à elle. « Tu n'as pas le choix maintenant, il faut que tu me racontes, sinon, je vais perdre la boule, je crois. » Toute cette histoire avec papa, ça fout vraiment la merde. Genre vraiment. Alors j'ai besoin de savoir ce qu'il a dit à maman. Besoin de savoir ce qui s'est passé entre eux. Je sais, je sais... Leurs histoires n'appartiennent qu'à eux... Mais j'ai le droit de savoir : Je suis leur fille, ils m'ont menti plus d'une fois, et même si c'était pour me protéger, j'en ai ras-le-bol des mensonges. Et puis j'ai dix-neuf ans, après tout. Je suis en âge de comprendre et d'avoir le droit de me faire ma propre opinion sur les choses. J'espère que maman va s'exprimer à cœur ouvert. Qu'elle ne me laissera pas comme une idiote pour me protéger, en omettant des détails importants. Je me mets à couper les tomates en dés, en attendant ses explications.
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MessageSujet: Re: liseiris + all those walls and memories   Dim 21 Sep - 10:33

C’était ainsi que la vie d’Eiris était faite à présent : une succession de hauts et de bas qui s’enchaînaient à une vitesse qui lui donnait le tournis et qui la laissait pantelante, incapable de réagir. Il y avait eu beaucoup de bas et les hauts n’étaient jamais bien fameux, mais ils suffisaient à la laisser hagarde quand ils s’effaçaient. Un haut quand Wayne était réapparu après plusieurs mois d’absence en lui jurant qu’il l’aimait encore, un bas quand il l’avait abandonnée à nouveau à sa solitude ; un haut quand Lisea venait la voir chez Jane et Henry, un bas quand elle repartait et la laissait face à ses démons ; un haut quand elles parvenaient à rire ensemble de ses déboires culinaire, un bas quand elle se souvenait soudain qu’elles étaient dans leur maison et que la présence de Wayne était partout autour d’elle … Les montagnes russes, ça n’avait jamais été son truc, mais ça l’était encore moins à présent qu’elle ne savait plus gérer correctement ses émotions. Il suffisait d’un détail pour qu’elle se renferme sur elle-même, comme en cet instant, où elle ne se rendait même pas compte que Lisea farfouillait dans la cuisine pour trouver de quoi préparer un repas. Ce qu’elles allaient manger, c’était quelque chose qui passait bien au-dessus de la tête d’Eiris ! On lui susurrait à l’oreille que son mari était l’homme le plus immonde que la terre ait porté et elle ne parvenait pas à entendre quoi que ce soit d’autre. Pourtant, elle finit par ressortir de sa léthargie pour annoncer à Lisea qu’elle avait recroisé Wayne, et sa fille stoppa toute son activité séance tenante. « Tu.... Tu quoi? » A cette exclamation, Eiris regretta soudain d’avoir dit ça. Il n’était peut-être pas très judicieux d’en parler avec Lisea … Son instinct de mère se réveillait légèrement et elle réalisait que sa fille n’avait pas besoin de savoir que Wayne était de retour en ville. Elle avait déjà tant souffert de son départ ! Et elle était devenue une femme forte, active et indépendante. Lui rappeler quelque chose d’aussi négatif ne pouvait pas lui faire de bien. Mais il était trop tard, bien entendu, elle avait parlé avant de réfléchir, parce qu’elle avait besoin de le dire à quelqu’un et que Lisea était la seule personne à qui elle pouvait parler. Le mal était fait, sa fille la regardait avec de grands yeux stupéfaits et elle devait y faire face. « Comment, Quand?... C'est pas possible. » Malheureusement, ça l’était. Et Eiris n’avait pas du tout envie de donner tous ces détails à sa fille. Elle n’était pas une mère bien présente ces derniers mois, mais elle se souvenait encore, de temps en temps, du rôle qu’elle devait jouer … Mais Lisea avait échangé les rôles depuis qu’Eiris s’était réveillée à Ste Mangouste, des mois plus tôt, et visiblement elle y avait gagné en autorité. « Tu n'as pas le choix maintenant, il faut que tu me racontes, sinon, je vais perdre la boule, je crois. » Eiris la regarda en soupirant : elle était si déterminée, si raide sur sa chaise ! Elle ne voulait pas entendre ce qu’elle avait à dire, elle ne pouvait pas réellement souhaiter ça. Ca n’engendrerait que des nouvelles souffrances, et c’était inutile.

Eiris garda le silence un moment, hésitant longuement sur la réponse à donner à Lisea. Elle attrapa un couteau, une tomate, mais avant de commencer à découper, elle regarda à nouveau sa fille. « Je ne sais pas quand il est revenu. Je l’ai revu il y a … il y a quelques semaines. » Elle ne pouvait pas faire plus précis que ça et elle en était bien désolée. Elle ne savait plus comment filait le temps, elle ne parvenait plus ni à le quantifier, ni à le retenir. Elle regardait passer, alors que les jours défilaient, et elle se demandait quand cette ronde s’arrêterait. Et quelquefois, un évènement ponctuel lui permettait de marquer un point fixe dans le temps. Mais ce point était perdu dans un calendrier qu’elle ne connaissait plus. « Il n’y a rien à raconter, chérie. Vraiment. » C’était sans doute la vérité, comme elle la voyait : ils avaient beaucoup parlé, mais au final, le plus important n’avait été que du vent, de nouveaux mensonges pour la berner. Alors pour Eiris, il n’y avait rien à dire. Mais elle savait que Lisea allait insister, qu’elle ne lâcherait pas avant d’en savoir plus, et Eiris s’en voulut une nouvelle fois d’avoir parlé de ça. Elle fit tourner la tomate entre ses doigts dans un geste nerveux, les images de sa discussion avec Wayne ressurgissant dans sa tête. Elle s’en voulait tellement d’avoir accepté de lui parler ! Elle aurait du rentrer, l’ignorer, refuser d’entendre ses explications. Mais il avait paru si sincère … Et le revoir avait été si bon, quand elle y repensait. Elle l’avait aimé de toute son âme, il l’avait trahie, mais elle n’avait pas eu la force de le repousser. Elle avait voulu profiter de sa présence et de sa voix, l’écouter parler en espérant qu’il reste auprès d’elle. Elle se passa la main sur le visage, comme pour tenter d’effacer ces souvenirs qui creusaient le trou béant de sa poitrine. « Il voulait m’expliquer pourquoi il était parti. Il m’a raconté beaucoup de choses extravagantes ! » Fit-elle avec un sourire de travers, comme si elle essayait de se persuader que la tentative de son mari était une chose plus risible qu’autre chose. « Mais ce n’étaient que des mensonges. S’il essaye de venir te parler, il faut que tu le saches. Ce sont des mensonges. Il est parti pour sauver sa vie avant la fin de la guerre, c’est tout. » Insista-t-elle en regardant Lisea droit dans les yeux. Elle voulait que sa fille se rende compte à quel point c’était important, et qu’elle ne se fasse pas berner comme elle. Elle ne voulait pas que Lisea ressente la même déception qu’elle, elle refusait que Wayne lui inflige cette souffrance. « Et visiblement, ça a fonctionné, parce qu’il a repris son emploi au Ministère. Il s’en est très bien sorti, au fond, pas étonnant qu’il soit parti si vite. » A nouveau, elle regretta immédiatement ses paroles une fois les avoir prononcées. Ce n’était pas des choses à dire d’un père devant sa fille ! Même si c’était la vérité, il y avait des vérités qui devaient rester cachées. « Je suis désolée chérie, vraiment désolée, je ne voulais pas dire ça comme ça. » Mais le mal était fait. Encore. Quelle idiote !
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MessageSujet: Re: liseiris + all those walls and memories   Mar 4 Nov - 19:48

all those walls and memories

Maman semble chercher ce qu'elle va me répondre, comme s'il y avait des mots à préférer dans une situation pareille. Je la regarde avec attention, comme si je pouvais trouver des réponses dans son visage, dans son expression. Mais elle reste ma mère, et même si je la connais bien, je n'arrive à rien déceler de ce qui se passe dans sa tête. Elle essaie de me protéger, peut-être. De rendre les choses plus faciles à entendre. Je sais que c'est le moment que je devrais choisir pour lui annoncer que j'ai vu papa, moi aussi, mais je ne sais même pas comment aborder ça. Je crois que j'ai peur qu'elle m'en veuille, d'abord de lui avoir caché notre entrevue, et ensuite d'avoir laissé papa entrer de nouveau dans ma vie après ce qui s'est passé depuis la guerre. « Je ne sais pas quand il est revenu. Je l’ai revu il y a … il y a quelques semaines. » Je baisse les yeux sur les tomates que je suis en train de couper. Maman s'est mise elle aussi à l'ouvrage. Je ne peux m'empêcher de trouver cette image très comique. Nous deux, assises dans la cuisine à couper des tomates en dés, alors que la situation est si complexe. Un sacré paradoxe, tout ça. En tous cas, je ne peux m'empêcher d'être surprise en l'entendant dire qu'ils se sont vus quelques semaines auparavant. Il ne m'en a même pas parlé, sans parler de maman qui ne m'en a pas non plus touché un mot alors que je suis venue la voir presque tous les jours. Je me pince les lèvres. Je les comprends, d'une certaine manière. Ils n'avaient peut-être pas envie que j'interfère dans leurs histoires, et ils souhaitaient sûrement régler leurs propres problèmes sans que leur fille soit spectatrice. Mais je ne peux pas m'empêcher d'être un peu en colère face à leur silence concernant cette rencontre. J'en viens à me demander s'ils n'ont pas gardé ça pour eux parce que ça s'est mal passé. J'espère que.. Ils ont réussi à se parler, à recoller les morceaux un peu. J'ai du mal à imaginer un monde sans mes parents ensemble et unis, bien que c'est ce à quoi j'ai eu droit ces derniers mois. Ils ont toujours été mon modèle, et s'ils venaient à se séparer, ma vie prendrait une tournure bien différente. Je chasse ces images qui me donnent mal à la tête, et reporte mon attention sur les tomates qui ressemblent plus à de la purée qu'à des petits dés. Je devrais me concentrer davantage sur ce que je suis en train de faire. Heureusement que je ne suis pas en train de faire une piqûre ou quelque chose du genre. « Il n’y a rien à raconter, chérie. Vraiment. » Je lève les yeux vers ma mère, à la fois offensée et incrédule. Je ne peux pas croire qu'il n'y ait rien à raconter, franchement. Après l'absence de mon père, il est impossible que leur rencontre ait été assez normale pour qu'elle puisse me sortir cette phrase en toute franchise. « Il voulait m’expliquer pourquoi il était parti. Il m’a raconté beaucoup de choses extravagantes ! » Un sourire presque moqueur est né sur son visage, et je ne sais pas vraiment comment prendre les choses. Papa a plus ou moins tenté de m'expliquer ce qui s'est passé. Cet homme qui était amoureux de maman et qui est passé du mauvais côté, le serment inviolable, la mort de cet hurluberlu monstrueux dont le nom ne me revenait pas. Au début, bien sûr, j'avais été sceptique, comme toute fille qui en veut à son père. Mais je savais qu'il était quelqu'un de bien, alors je lui avais laissé sa chance, parce que je n'avais pas d'autre choix. Il était mon père, après tout, et j'avais besoin de lui. Je n'ai pas essayé de mettre en doute ses paroles. Pourtant, en entendant ma mère, je ne peux m'empêcher de m'en vouloir un peu d'avoir laissé mon père me raconter ce qu'il voulait. Et s'il m'avait raconté des salades pour que je lui pardonne ? Je ne peux pas me résoudre à y croire, pourtant. Papa est quelqu'un de bien. J'en suis sûre, même s'il a pu faire de mauvais choix. « Mais ce n’étaient que des mensonges. S’il essaye de venir te parler, il faut que tu le saches. Ce sont des mensonges. Il est parti pour sauver sa vie avant la fin de la guerre, c’est tout. » J'ai un moment d'arrêt. Je me sens vraiment mal, là tout de suite, je ne sais pas vraiment quoi lui dire. Je sais que maman est en colère mais.. Je ne l'ai jamais entendu dire quelque chose d'aussi horrible sur mon père. Elle semble persuadée au plus profond d'elle que tout ça n'est qu'un amas de fariboles. Je me sens coupable de croire un peu à ce qu'il a raconté.. Mais encore une fois, je suis persuadée que mon père n'a pas totalement menti, ou alors ça veut dire que j'ai grandi avec quelqu'un qui a joué un rôle tout du long. Je me sens aussi coupable en entendant ses conseils. Ne pas l'écouter, ne pas le laisser entrer dans ma tête. C'est trop tard. Je me retrouve entre mes parents, aux versions opposées. Je ne veux pas prendre un parti, c'est clair, quand bien même je les aime tous les deux. « Et visiblement, ça a fonctionné, parce qu’il a repris son emploi au Ministère. Il s’en est très bien sorti, au fond, pas étonnant qu’il soit parti si vite. » Je pince les lèvres en finissant les tomates et commence à les rassembler dans une casserole. Bien sûr, c'est vrai que vu comme ça, la version de ma mère tient. C'est celle à laquelle je croyais aussi avant de tomber sur lui l'autre jour. « Je suis désolée chérie, vraiment désolée, je ne voulais pas dire ça comme ça. » Je lui envoie un sourire faible. Je sais que au fond, c'est comme ça qu'elle voulait le dire. Elle a peut-être peur que je pense qu'elle essaie de me ranger de son côté.

Je me lève de ma chaise en soupirant, et mets la casserole sur le feu. « Je ne vais pas te mentir. » j'annonce. « J'ai vu papa moi aussi. » Je m'adosse au plan de travail et fais face à maman. Je n'ai pas l'intention d'avoir l'air d'être la petite fille qui a honte de ce qu'elle a fait. « Je suis tombée par hasard sur lui dans les rues de Londres, un jour que j'étais en train de me balader et... On a fini par prendre un thé ensemble. » Je marque une pause. « Je pense que c'était avant qu'il aille te voir. Il semblait redouter le moment où il le ferait. » Les tomates chauffent doucement, et l'eau des pâtes aussi. « Je suis extrêmement en colère contre lui pour ne pas avoir donné de nouvelles. Pour ne pas être accouru auprès de nous quand il est revenu en Grande-Bretagne, aussi. » Je vais me rasseoir en face d'elle. « Il m'a raconté sa version des choses et.. » Je remets mes longs cheveux en arrière. « Je ne sais pas.. Je n'ai pas eu l'impression qu'il mentait, maman. » Je triture le coin de la table avec mes ongles. « Je ne t'accuse pas d'être trop catégorique, bien sûr, mais.. Donne-moi une bonne raison de ne pas le croire... Il reste mon père. »
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