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 you can't live twice. ◮ (tracey&saíréann)

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MessageSujet: you can't live twice. ◮ (tracey&saíréann)   Dim 16 Mar - 23:09


you can't live twice
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Saíréann, mais qu’as-tu fait ? Cette question ne quitte plus mes pensées depuis l’épisode du veritaserum. Proférée par l’un de mes supérieurs, celle-ci n’est qu’un écho supplémentaire à mes remords. Même si l’homme qu’il m’a fallu immobiliser pour le compte de Tracey ne m’était en rien sympathique, il n’en reste pas moins que j’ai maltraité un homme que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam. Quoi de plus normal pour un rafleur. Oui, mais le rafleur, c’était mon frère aîné, moi je n’en suis qu’une pâle copie, un Ó’Leirigh de substitution, dont personne n’avait rien à faire, avant que le vieil Harkness – Doezwal – ne se penche sur mon existence pour m’attribuer un rôle surement trop important pour l’homme simple que je suis. Longtemps jalousé pour ce privilège, on me fuit à présent comme la peste. Pourtant, certaines personnes ne peuvent s’empêcher de laisser voguer leur curiosité malsaine comme lorsqu’il me faut rentrer, le tee-shirt imprégné de sang. Saíréann, mais qu’as-tu fait ? Je n’avais pas remarqué jusqu’alors que Noah avait laissé sa marque sur mes vêtements et c’est dans un soupir agavé qu’il m’a fallu répondre que je m’étais simplement coupé. Excuse basique n’ayant cependant soulevée aucune question, au détriment de son manque de crédibilité. Preuve que le mangemort n’en a cure, quand bien même sa question m’a totalement remué de l’intérieur. Si j’ai d’abord attribué la douleur me tiraillant le ventre, à des problèmes auxquels Tracey se trouvait confrontée, il a bien fallu me rendre à l’évidence que ce n’est pas là qu’est ce qui me remue sans cesse les entrailles de la plus horrible des façons possibles. La culpabilité. C’est elle qui vient me détruire, quand bien même ce Noah n’a clairement rien d’un saint. Je me demande si la vie que je mène, était bien destinée à être la mienne : c’était mon frère le grand méchant prêt à tout pour arriver à ses fins ; c’est ce que je me suis toujours dit et à présent, j’en viens à me demander si je ne me suis pas fourvoyé. De toute façon, depuis que j’ai lié ce serment inviolable avec Tracey et que j’ai emmené Cersei Jane chez son père sur un simple coup de tête, j’ai l’impression de tout faire de travers. Comme une importante prise de conscience du fait que je me sois perdu dans ma propre vie. Et c’est une constatation à laquelle j’arrive une nouvelle fois aujourd’hui alors que l’arrière de mon crâne vient s’échouer contre le mur et que le tissu de mon tee-shirt se trouve à présent être râpé par les briques auprès desquelles j’ai cette fois monté ma tente. Sans que je puisse la retenir, une larme dévale alors ma joue droite pour venir s’échouer sur mes genoux. J’essuie aussitôt mon visage d’un revers de main rageur ; ai-je vraiment le droit de pleurer ? C’est une certaine façon de manquer de maturité, chose un peu triste à mon âge, je le crains. En effet, je dois certainement chercher un peu ce qu’il m’arrive, sans quoi il n’aurait sans doute pas été possible d’en arriver là, de creuser aussi profond. Un nouveau sanglot m’échappe, et cette fois, je ne peux me retenir de pester un peu plus fort contre la nuit. Un homme passant par là, sur le bitume face à moi, me lance un regard inquiet avant de presser le pas, tirant un peu plus sur la laisse de son chien pour l’inciter à avancer, à s’éloigner de moi. Il a peur, et il a sans doute raison d’avoir peur. L’image que je dois renvoyer doit être tout à fait désastreuse, pathétique même. J’avais une famille, une maison, pas des conditions de vie spécialement favorables, mais je mangeais à ma faim ; aujourd’hui, je ne suis plus qu’un vulgaire clochard échoué au bord d’une route. Et je crois que ma descente aux enfers n’est liée qu’à Margaery, car c’est sans doute elle qui m’a ainsi fait décliner. Je ne me souviens pas d’avoir été ainsi, avant qu’elle ne me détruise complètement, du jour au lendemain, pour son plaisir personnel. Cette femme n’avait besoin que de se faire aimer, pour flatter son égo, au détriment des autres. Et pourtant, les marques qu’elle laisse derrière elle, s’avèrent être indélébiles. Je ne sais même pas pourquoi je pense à elle, là, maintenant. Cela faisait un bon bout de temps que j’avais oublié son existence, mais cette femme est un poison venu me pourrir jusqu’à la moelle et il est fort probable que cela ne changera jamais, à présent qu’elle est venue imprégner mon être.

Cela me pousse pourtant à remarquer à quel point je fais tout de travers avec les femmes, autant avec Margaery et mon frère qui se sont tous deux joués de moi, qu’avec Marianne ou plutôt devrais-je dire Cersei Jane, que j’ai amené chez son père sur un coup de tête. Je ne fais que des actions idiotes à longueur de journées, surtout lorsque cela concerne les femmes. Peut-être que laisser Tracey venir à la rencontre de Noah, quand bien même elle m’y a quelque peu forcé, n’était qu’une erreur de plus à ajouter à mon palmarès. J’imagine bien cet homme venir lui courir après pour prendre sa revanche, dès qu’il en aura l’occasion. Et ce sera alors la jeune femme qui sera dans le pétrin, et moi avec. Dans un soudain acquis de conscience, j’appuie fermement mes mains contre le sol pour m’aider à me relever, sentant aussitôt mon estomac se soulever à l’intérieur de mon ventre. Atterrissant à quatre pattes sur le sol, je me laisse aller à cracher ma salive, me délaissant de ce qui semble m’empêcher de respirer. Pourtant, la douleur reste toujours omniprésente, presque insupportable. A quoi celle-ci est-elle due ? Cela peut être lié à tellement de choses que je ne sais même plus ce qu’il en est réellement. Je suis obligé de me faire violence pour finir de me redresser, m’appuyant quelques instants sur mes genoux pour reprendre haleine – je crois bien que je me suis rarement senti aussi mal dans ma vie –, le dos plié en deux. Ainsi je me laisse le droit à quelques secondes de répit pour respirer pleinement l’air londonienne polluée par la vie moldue, avant de me faire une nouvelle fois violence et de prendre la route en direction du centre ville. J’ai l’impression d’avoir aligné les kilomètres aujourd’hui, marchant de part et d’autre de Londres pour accomplir mon devoir ; un devoir appartenant à cette vie, celle que j’ai l’impression d’avoir empruntée à quelqu’un. Je secoue violemment la tête, comme pour me sortir cette idée de la tête. Il s’agit de ma vie et ce sont mes choix qui m’ont conduit jusqu’ici et non pas les choix d’une personne inconnue à laquelle j’aurais volé quoi que ce soit, et certainement pas sa vie. Sans réfléchir, je reprends la route du bar dans lequel travaille la serpentarde, sans me soucier plus de la tâche de sang présente sur mon tee-shirt, que de l’endroit auquel je pose mes pieds. Je connais le chemin par cœur, depuis qu’il m’a fallu l’effectuer une première fois pour rejoindre Tracey, après des mois de silence, soldés par une adresse écrite sur un bout de papier par Emily. Cela m’était déjà, à l’époque, apparu comme ma dernière chance de m’en sortir, de lutter contre ce mal magique me déchirant plus ou moins les tripes. Et cette fois, il s’agit de la même chose, plus ou moins. Car il s’agit du seul endroit pouvant réellement m’aider. Aussi je me permets de pousser un léger soupir de soulagement au moment d’atteindre la porte d’entrée, que je pousse sans ménagement, me soustrayant, ravi, à la population arpentant cette lugubre ruelle. L’atmosphère à l’intérieur, semble avoir quelque chose de rassurant. A moins qu’il ne s’agisse tout simplement du fait que j’aperçois déjà Tracey, debout derrière le comptoir. D’un seul coup, j’ai l’impression de revivre. Du moins, en quelque sorte. Je m’empresse de m’approcher du bar sur lequel je m’accoude, tout en me hissant sur l’un des grands tabourets disposés face à lui. « Tracey ? » je souffle à l’attention de la jeune femme, dans le seul et unique but d’obtenir son attention. Chose dont je ne tarde pas à disposer, alors qu’elle tourne le visage dans ma direction. Je déglutis aussitôt alors que j’inspecte ses traits tirés et son air fatigué. Cette rencontre semble l’avoir marquée, elle aussi. A quand remonte-t-elle pourtant ? Je ne saurais dire s’il s’agissait de cet après-midi, de la veille ou même du jour encore avant. Je me suis complètement perdu, me contentant d’errer comme une âme en peine. Je me fais pitié, mais la jeune femme me fait tout aussi, voir plus, pitié. « Je me sens sali. » je parviens à lâcher, après avoir aventuré un regard en direction du pilier de comptoir à côté de moi, vérifiant que celui-ci se trouve bien plus absorbé par son verre de bière que par mes paroles. Après quoi, je me permets de désigner mon tee-shirt encrouté. « Et je ne parle pas de ça. Je ne me sens plus moi-même, à l’intérieur. Je me sens… presque brisé. » Je secoue la tête, oubliant déjà la plaisanterie mal-placée que j’ai réussi à lancer. Stupide rafleur que je suis. Rien ne sert de tenter de détendre l’atmosphère lorsque je suis aussi brisé. Et qu’il doit en être de même pour la brune. « Tu finis bientôt ? » je lui souffle en lui lançant un regard implorant, alors que déjà, j’espère fuir les personnes présentes ici pour pouvoir me trainer dans un endroit plus calme, en compagnie de Tracey. Cette fois, je sens que j’ai vraiment besoin d’elle. Et pas seulement en raison du serment inviolable qui nous unit. Non, je crois plus que je commence à l’apprécier. Peut-être même à la voir comme une amie, et cela justifie amplement – pour moi – le fait de m’être tourné vers elle en cet instant précis.
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MessageSujet: Re: you can't live twice. ◮ (tracey&saíréann)   Lun 7 Avr - 22:05

C'était comme si mon âme s'était séparée de mon corps pour aller je ne savais où. Ces gestes, je les faisais comme j'avais pu les faire des dizaines de fois mais je n'étais ni plus ni moins qu'un robot programmé à l'avance. Mon regard était vide, éteint. Je fonctionnais au radar. Je n'avais plus réellement conscience du monde qui m'entourait. J'étais étrangère à tout ce qui se passait. À côté de mes pompes. Je ne répondais plus de rien. J'avais l'impression que mes entrailles m'avaient été arrachées. Mon cerveau s'était mis en mode veille, incapable d'endurer davantage d'émotions. Parfois, ma respiration devenait erratique, douloureuse. J'avais mal. C'était marqué partout sur mon visage, que ce soit à travers mes yeux rouges d'avoir tant pleuré,  mes joues irritées par le sel de mes larmes. Je n'aurais pas dû aller travailler. Jamais. Je ne faisais que des bêtises depuis tout à l'heure. Je semblais être prise par je ne sais quelle maladresse. Ça ne me ressemblait pas pourtant. D'habitude, je faisais attention à ce que je faisais, j'étais même plutôt adroite sauf que là, ce n'était pas comme d'habitude parce que j'avais le cœur brisé. C'était une sensation que je me rappelais pas avoir connue un jour, pas même avec Caïn. Bien sûr que j'avais pleuré après cette énième dispute, ces insultes qu'il m'avait craché à la gueule, ces gestes brutaux qu'il avait eu envers moi, tellement brutaux qu'en l'espace de quelques instants j'ai réellement craint qu'il me frappe pour panser son orgueil blessé, mais force est de constater que ce n'était rien, vraiment rien. Je ressentais tout ça puissance mille. La douleur transperçait chaque cellule de mon être. Je me sentais nauséeuse, sale, pire encore, je ne pouvais pas me regarder dans un miroir. Pas après ce que j'avais fait. Au final, je ne valais pas mieux que tous ces gens que j'essayais de fuir. Peut-être même pourrais-je me trouver une place parmi eux. La proposition de la Fleming me revenait en mémoire. Je n'avais plus rien à perdre de toute façon, j'avais déjà tout perdu. Plus rien ne me retenait, ni ici, ni ailleurs. La solitude m'écrasait, plus imposante que jamais. Elle compressait chacun de mes os, elle gangrenait ma chair. Et tout au fond de moi, il y avait un trou béant. Comment je pouvais me sentir si vide et ressentir toutes ces émotions en même temps, je n'en savais rien, mais le fait était que plus rien ne m'étonnait à présent. Il y avait ce vertige qui me retournait le cerveau et qui rendaient ma vue floue, me donnant l'impression que j'étais en train de tomber dans un gouffre sans fin. Je me couvris les yeux d'une main pour m'offrir un peu d'obscurité salvatrice. Ça ne s'arrêtait pas. Ça ne s'arrêterait jamais. C'était ça ma punition, un supplice qui était à la hauteur de mon crime, à n'en pas douter. À trop approcher du soleil, je m'étais brûlée les ailes, ma vanité m'avait poussée à croire que je pouvais explorer les arcanes de la vérité sans y laisser des plumes, je m'étais trompée. Je m'étais fourvoyée sur toute la ligne et comme si la honte ne suffisait pas, j'avais en plus de ça saccagé le simulacre de bonheur qu'on aurait pu connaître ensemble, aussi délicate qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine. J'avais tout foutu en l'air, je devrais être contente pourtant, moi qui ait tout fait pour atteindre ce résultat et je n'étais pas satisfaite pour autant. Il y avait tous ces sentiments qui me bouffaient, me rongeaient de l'intérieur comme le plus corrosif des acides, et il y avait cette vérité qui me martelait l'esprit comme un marteau de forgeron résonnerait dans les tréfonds d'une forge. Il m'avait menti. Il m'avait menti sciemment alors que je lui faisais confiance, lui plus que n'importe qui d'autre au monde. Pire encore, je l'avais aimé, je l'aimais encore je crois, je ne savais plus trop mais en tout cas ce simple constat me rendait tellement plus amère, tellement plus honteuse encore.

Je n'avais pas encore assimilé toutes les informations qu'il m'avait révélées. J'étais encore sous le choc, probablement. Comment pourrait-il en être autrement de toute façon ? En quelques mots seulement, il avait détruit toutes mes certitudes, me confortant dans l'idée que ma vie n'était qu'un vaste mensonge, un secret trop bien gardé. Tout se mélangeait dans ma tête. Les coucheries de ma mère, le mépris des miens parce que je n'étais que la bâtarde Davis, la Fleming, Caïn et tout le reste.  Bien sûr, j'en connaissais une partie, Abby m'en avait déjà touché mot mais je n'avais jamais voulu la croire, je ne voulais rien croire de ce qui venait d'elle de toute façon. Je voyais clair dans son jeu, elle était celle qui faisait son mea culpa pour m'attendrir, pour acheter ma confiance alors qu'au fond, elle était comme eux tous, Maynard, Colleen et tous les autres. Par contre, je n'aurai jamais cru imaginer que Noah eut été au courant de tout cela, et qu'il ne m'ait rien dit alors que je lui avais confié certaines choses. J'en étais venue à croire qu'à ses yeux, je n'étais qu'un sujet d'étude et rien d'autre, que dans le fond il n'en avait rien à faire de moi, que je n'étais qu'une gamine insignifiante à ses yeux et il qu'il avait essayé de nouer des liens avec moi par pure charité. Dans le meilleur des cas je lui faisais pitié avec mon histoire dramatique. Pourtant, il m'avait dit qu'il m'aimait. Il n'avait rien dit parce qu'il voulait me protéger, il avait cherché comment me le dire, mais il n'avait jamais trouvé le temps, ni même la façon de le faire. Il m'avait dit aussi qu'à la base, je n'étais pas forcément son genre, mais j'avais su le conquérir au fur et à mesure. comme du poison pensai-je en mon for intérieur. J'imaginais sans peine avoir agi comme du poison sur son corps, sur ses pensées, de telle façon qu'il n'arrivait plus à me déloger. Cela s'était matérialisé par un désir puissant et impérieux, mais aussi par des pensées obsessionnelles qui se muaient presque en un besoin malsain : il avait besoin de moi. Je n'avais pas su répondre, sans doute étais-je trop sonnée pour le faire. il m'aimait. cette idée tournait en boucle dans ma tête. À chaque fois, cette idée provoquait des sentiments violents en mon for intérieur, si bien que j'en lâchai le verre que j'étais en train d'essuyer. Il se brisa au sol en des dizaines d'éclats de verre, alertant Peter, le serveur le plus proche. Il accourut vers moi tandis que pétrifiée, j'observais les tessons de verre étalés à mes pieds, réalisant à peine ce qui venait de se passer. « Laisse, je m'en occupe. » dit-il en me tapotant sur l'épaule. « Respire, il n'y a pas mort d'homme. Ça arrive à tout le monde de péter un verre. » Il enjamba les débris et s'empara d'un autre verre dans lequel il versa un fond de vodka. « Tiens, bois ça, ça va te requinquer. » Boire n'était pas la solution, mais au point où j'en étais, de toute façon...je ne pouvais pas me sentir encore plus mal qu'en cet instant. Je m'emparai du petit récipient avant d'en boire le contenu d'une traite. L'alcool me brûlait le gosier et me donnait encore plus envie de gerber. Je me tenais au meuble derrière moi en proie à un malaise sans précédent. Je m'agenouillai au sol et commençai à ramasser les morceaux de verre pour les mettre dans la poubelle que Peter venait d'apporter. Je ne me préoccupais même pas du fait que je tenais des objets potentiellement coupants. Je ramassais les gros bouts puis les plus petits à mains nues. Soudain, une vive douleur me déchira la paume. « Putain. » sifflai-je alors que je constatais qu'un tesson de verre s'était fichée dans ma chair. L'entaille était profonde, le sang commençait à couler de ma blessure. « Fait chier. » Désormais en mode rambo, j'entrepris d'enlever le morceau de verre de ma coupure. La vache. Ça faisait un mal de chien. Allez...viens-là saloperie...Enfin. Je l'avais eu. Le morceau de verre ensanglanté finit dans la poubelle et les serviettes en papier avec. « Déconne pas Tracey » m'enguirlanda Peter. « Rentre chez toi, tu fais que des conneries. En plus t'es pâle comme un cul. T'as tellement une gueule de zombie que je me demande pourquoi diable tu es venue travailler aujourd'hui. » Il m'aida à me relever puis je m'enveloppai sommairement la main dans d'autres serviettes en papier. L'air absent, je regardais Peter passer un coup de balayette par terre et ramasser les derniers morceaux de verres restants.

Je m'appuyai sur le bar, au bord du gouffre. Peter avait raison. Je n'étais pas en état de travailler et pourtant je m'échinais à être droite et fière. Pourtant, mon apparence ne trompait personne, cela se voyait bien que j'étais exténuée et les événements de cet après-midi n'avaient rien arrangé du tout. « Il y a quelqu'un pour venir te chercher ? » demanda-t-il tandis que je hochais la tête négativement. Non du con, personne ne venait me chercher simplement parce que je n'avais personne, c'était aussi simple que cela. Il me resservit un peu de vodka. Je déclinai son offre avant de coincer une cigarette entre mes lèvres. J'eus toutes les peines du monde à l'allumer. Ah, je devais avoir l'air fin, coiffée comme l'as de pique, tirant une gueule de six mètres de long, avec ma clope au bec et ma main blessée enroulée dans des serviettes en papier. En plus, j'avais un peu de sang sur mon débardeur. Merde, merde, merde. Okay. Là j'étais vraiment au bout du rouleau. Pourtant, je ne me voyais pas abandonner mon service comme ça, le patron n'apprécierait sûrement pas la plaisanterie. Je devais me reprendre. Fumer ma clope, aller au vestiaire, me rafraîchir le visage, me soigner ma main et me remettre au travail me paraissait être un super bon plan. J'allais tout naturellement commencer à l'exécuter lorsqu'une voix familière m'interrompit. « Tracey ? » Je tournai la tête vers la personne qui m'avait interpellée. Saireann. L'irlandais semblait démoli lui aussi. Au bout du rouleau. Quelle paire d'épaves on faisait, franchement.  « Je me sens sali. »  Ben voyons. Ce n'était pas lui qui avait assisté au retour du boomerang. Il n'avait été qu'un dommage collatéral. Je m'étais tout pris en pleine face comme autant de claques dans la gueule. Qu'il n'inverse donc pas les rôles. J'étais celle qui était amoureuse de l'homme qu'il avait dû immobiliser quand tout avait commencé à déraper. J'étais amoureuse d'un type qui s'était foutu de moi sur toute la ligne et j'avais sacrément du mal à encaisser. « Et je ne parle pas de ça. Je ne me sens plus moi-même, à l’intérieur. Je me sens… presque brisé. » Je pinçais les lèvres tandis que je le toisais de mes prunelles sombres. Moi je ne me sentais pas brisée. Je me sentais vide, anéantie. Quelque chose manquait à l'intérieur. Je n'étais plus que néant. Un vide sidéral, abyssal. abyssus abyssum invocate. L'abysse invoque l'abysse. Les ténèbres engendrent des maux plus grands encore. Autrement dit, j'avais sans doute cherché ce qui m'arrivait. Je ne sais pas. Je ne sais plus. J'inspirai profondément, comme pour rejeter le mal qui semblait vouloir me submerger encore une fois. Je fermai les yeux pour ne plus voir le sang de Noah tâcher le t-shirt de mon vis à vis. Le sang de mon Noah. Le sang de l'homme que j'aimais. Serait-il mien un jour ? Rien n'était moins sûr. Il m'avait filé entre les doigts, insaisissable comme le temps qui passe. Pourquoi je désirais toujours ce que je ne pouvais pas avoir ?  « Tu finis bientôt ? » Je jetai un regard en direction de Peter, lequel m'avait déjà conseillée de partir. Tout à l'heure, j'avais prétendu n'avoir personne pour venir me chercher. Et si c'était Saireann, ma solution, mon remède ? « Mes collègues ont décrété que je n'étais pas en état de travailler, alors ouais, je suppose que j'ai fini. » dis-je d'une voix éraillée, tandis que je noyais mes dernières paroles dans un rire nerveux. « Je déteste tellement ce boulot. » confessai-je en essuyant une larme qui perlait au coin de mon œil. « Tout ce monde, tous ces gens, ces...moldus. Ça ne me ressemble tellement pas. » Je me mordillai la lèvre inférieure tout en gardant la boulette de papier fermement serrée au creux de ma main. « Tu peux le dire, tu sais. » dis-je en le toisant de mes prunelles sombres, avec tout le sérieux du monde. « Que j'ai merdé. » cela me coûtait de me l'avouer mais c'était pourtant la vérité. J'avais merdé sur toute la ligne. J'avais commis une erreur de calcul et tout s'était effondré comme un château de cartes. « Enfin. Je ne suis pas mécontente de me tirer d'ici. On peut même dire que tu me sauves la vie. Ça devient une habitude, ma parole. » conclus-je d'un ton railleur tout en adressant à l'irlandais un sourire sarcastique. Je me sentais mal, putain. Comment était-il possible de ressentir autant de douleur, autant de chagin ? Ça me lançait dans le bide, ça me nouait les tripes. Je me sentais mal, putain. Je me sentais tellement mal.
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MessageSujet: Re: you can't live twice. ◮ (tracey&saíréann)   Mar 24 Juin - 21:53


you can't live twice
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Accoudé au comptoir, le regard un instant perdu dans le vide, j’hésite dans ma façon d’aborder la jeune femme. Lui commander un verre ? Seulement l’interpeller ? Je ne vois même pas pourquoi je me prends ainsi la tête pour un rien, après tout, à quoi bon se poser de telles questions. C’est pathétique, voir complètement puéril. Je n’ai pas besoin de m’embrumer l’esprit avec de pareilles choses, de me prendre la tête ainsi, pourtant, sans réellement savoir pourquoi, je le fais. Comme si cela était inévitable, presque nécessaire. Oui, vas-y mon grand, continue à t’enfoncer dans ta connerie, tu es déjà perdu de toute façon. Mais après avoir passé une main sur mon visage, c’est tout naturellement que les mots s’échappent de ma bouche pour prononcer son prénom. Pas de commande de café ou autre boisson, c’est juste son prénom que je prononce. Et cette constatation me fait louper un battement de cœur. Car prononcer son prénom rend le fait que je me trouve désemparé, bien plus réel. Il n’y a pas si longtemps que cela, Tracey se trouvait sans doute être l’une des personnes me méprisant le plus dans ce monde, aujourd’hui elle s’avère être ce qui se rapproche le plus de ma seule amie. Une nouvelle fois, je déglutis alors que mon regard s’arrête un instant dans ses prunelles, découvrant la jeune femme avec ses barrières baissées, le regard morne voir complètement vide, tout simplement détruite de l’intérieur. Du moins est-ce ce qu’elle semble être. Ainsi, tous deux, nous formons une belle bande d’imbéciles brisés. Car nous avons sans aucun doute cherché ce qui nous arrive aujourd’hui, notamment en rendant visite à l’ami de la jeune femme. Mon regard s’échoue un instant sur les traces de sang, provenant du nez de Noah, qui constellent encore mon tee-shirt. Je pousse un nouveau soupir. Que doivent penser de moi ces personnes là-bas, accoudées à une table, qui me regardent d’un œil mauvais ? Que je suis un voyou, revenu tout droit de la rue après avoir eu quelques accrochages témoignant de quelques guerres de gang. Peu importe. Depuis quand est-ce que je me formalise de savoir ce que de sinistres inconnus que je ne rêverais sans aucun doute jamais, pensent de moi ? Tout n’est que preuve du fait que je me trouve être complètement perdu, comme si je ne suis plus à présent qu’un spectateur de ma vie et non plus l’acteur principal. La voix de Tracey finit par s’élever dans les airs pour m’apporter une réponse. « Mes collègues ont décrété que je n'étais pas en état de travailler, alors ouais, je suppose que j'ai fini. » Force m’est d’admettre qu’elle n’est pas dans son assiette elle non plus. Sans doute les révélations de Noah lui tournent-elles encore en tête, comme autant de coups de couteau qu’il lui aurait asséné à même le cœur. Et alors que je la regarde, sa voix tremblante laissant entendre ses dernières sonorités, je ne peux m’empêcher de repenser au visage profondément choqué qu’elle arborait lorsqu’il lui a tout révélé. Je pince les lèvres, sentant bien que la douleur de Tracey n’est pas feinte non plus. Elle est affectée par ce que nous avons fait, tout comme moi, peut-être même plus. Après tout, elle semblait réellement l’aimer non ? Soudainement, j’ai envie de la prendre dans mes bras pour venir la réconforter, mais pourtant, je ne bouge pas de mon tabouret face au bar, me contentant de la fixer d’un air pensif – du moins mes prunelles doivent-elles arborer un aspect pensif, derrière toute la souffrance qu’elles laissent certainement transparaître. Tout ceci ne s’est déroulé qu’il y a quelques heures à peine et pourtant, j’ai l’impression qu’il s’est passé une éternité depuis notre excursion chez le brun. La faute à toutes ces pensées négatives qui tournent sans cesse dans mon esprit depuis que nous avons quitté l’appartement londonien. « Je déteste tellement ce boulot. » laisse-t-elle échapper en essuyant une larme au coin de son œil, laissant ainsi clairement apparaître à quel point sa gorge est nouée. Je passe ma langue sur mes lèvres, continuant de la fixer sans rien dire. Que puis-je faire pour tenter de la réconforter de toute façon ? Je ne sais même pas à quel point nous sommes intimes réellement. Des ennemis, de simples connaissances ou de réels amis ? Même ça je ne peux le dire. Comment peut-on réellement à en arriver à un point où l’on ne sait plus faire la différence entre ses ennemis et ses amis ? Alors que cela est censé être flagrant ? Je suis sans doute stupide d’être venu jusqu’ici, alors que la seule personne que j’ai réellement envie de voir se nomme Cersei-Jane. Parce qu’elle et Marianne ne font qu’un, et que la colère quelque peu retombée, je ne peux que me souvenir du goût amer de l’absence de la femme que j’aime réellement. Et si l’affaire Noah n’est que la goutte d’eu de trop, en train de me faire sombrer dans une sorte d’épaisse déprime, je sais très bien que c’est ma bêtise envers la rouquine qui a fait le plus gros dans ce pourquoi je me trouve être dans cet état. J’ai totalement merdé avec elle, j’en suis totalement conscient. Je voudrais la retrouver, pour pouvoir m’excuser, mettre les choses au clair, mais je ne peux pas. Elle doit sans doute me détester, et ce, certainement bien plus que ce que Tracey déteste son boulot. « Tout ce monde, tous ces gens, ces... moldus. Ça ne me ressemble tellement pas. » Comme pour suivre ses paroles, je tourne la tête, laissant mes prunelles embrasser un instant les corps voutés de toutes ces personnes, rassemblées en ce lieu pour s’avachir sur une table, une pinte de bière moldue à la main – comment peut-on préféré cette chose à la bièraubeurre d’ailleurs ? Il s’agit sans doute là de la pire erreur des moldus, de boire cela à leur façon, alors que la façon sorcière a un bien meilleure goût – avec l’air de supporter tout le poids de toutes les peines du monde sur leurs épaules.

Ce bar n’est qu’un club de dépressifs. Une ironie que Tracey et moi, nous nous retrouvions sans cesse ici. Comme s’il s’agit en fait de l’endroit le plus approprié qu’il puisse y avoir pour nous. « Tu peux le dire, tu sais. » me souffle-t-elle alors, son regard sombre accrochant un instant le mien. Je lève un sourcil alors que je ne défais pas ce contact, me contentant de soutenir ses prunelles alors que je déglutis. Où veut-elle réellement en venir ? « Que j'ai merdé. » finit-elle par dire. Un instant, je reste bouche bée, conscient que ce n’est pas le genre de révélation que je me serais attendu à voir passer les lèvres de la brune. Elle doit vraiment se sentir mal pour en arriver à de telles constatations, c’est inhabituel de sa part. Je lance un coup d’œil méfiant en direction de l’un des collègues de la jeune femme. Celui-ci semble juste être en train de laver quelques verres à bière, mais il pourrait tout aussi bien être en train de nous écouter. C’est sûrement ce qu’il se trouve être en train de faire d’ailleurs. Je ne suis pas très à l’aise à l’idée de parler de ce genre de choses dans un endroit où les murs semblent avoir des oreilles, je le confesse. « Tracey. Je ne suis pas sûr que tu puisses aborder ce sujet ici. » je laisse échapper, tout en plaçant une main devant mes lèvres pour tenter de dissimuler quelque peu le son de ma voix, afin que seule elle puisse m’entendre. Une nouvelle fois, je lance un coup d’œil en direction de son collègue qui, imperturbable, semble toujours s’intéresser aussi peu à notre discussion. Et plus les secondes s’écoulent, plus je commence à trouver son attitude suspecte. Depuis combien de temps astique-t-il le même verre ? Non, il a sûrement dû en changer le temps que je tourne la tête, voilà déjà qu’il repose celui qu’il a entre les mains pour s’en saisir d’un autre. Je dois être en train de virer complètement parano. « Enfin. Je ne suis pas mécontente de me tirer d'ici. On peut même dire que tu me sauves la vie. Ça devient une habitude, ma parole. » En s’élevant de nouveau, la voix de la jeune femme ne manque pas de me faire sursauter. Le cœur battant soudainement à tout rompre, je ne manque pas de perdre pieds durant un instant, avant de me relever soudainement en plaquant les paumes de mes mains sur le comptoir du bar, alors que dans le même temps, je m’extrais alors de mon tabouret. « Alors qu’attendons-nous pour aller prendre un peu l’air ? » Je l’attends, la pressant fortement du regard, avant de me précipiter vers l’extérieur, sans lui laisser la moindre chance d’avoir le temps de me rattraper. Une fois à l’extérieur, alors que la brise londonienne vient me faire frémir légèrement, je m’appuie contre un mur le temps qu’elle sorte à son tour pour me rejoindre. Je bascule un instant ma tête en arrière, celle-ci venant se poser contre le mur de façon quelque peu brutale, alors que je m’autorise à fermer les yeux durant un instant. Alors que j’entends la porte s’ouvrir une nouvelle fois derrière moi, et c’est sans vérifier s’il s’agit bien d’elle que je m’adresse alors à Tracey : « T’as confiance en tes collègues ? » je lui demande en désignant l’entrée du bar d’un signe de tête alors que je me redresse par la même occasion. Ouvrant les yeux, je découvre avec une certaine satisfaction que c’est bien la jeune femme qui se trouve là. Pourtant, je me reprends bien vite alors que je secoue doucement la tête. « Oublie ça, c’est juste que… Je m’inquiète un peu. » je finis par avouer piteusement en baissant légèrement la tête, jouant un instant avec un caillou présent sur la chaussée, de la pointe de ma chaussure. C’est moi le rafleur, moi qui devrais être en position de force. Adhérant d’un camp ayant eu gain de cause, ayant gagné la guerre ; je me sens pourtant plus menacé que jamais. Je ne pourrais même pas conter comment j’en suis arrivé là, tout a été bien trop vite, les évènements se font trop flous, se mélangent quelque peu dans mon esprit. Je ne sais plus ce qui s’est passé avant quoi, je ne suis plus rien d’autre qu’un pantin balloté par la vie, se laissant emmener sans réellement savoir comment stopper cette machine infernale. Sans savoir comment reprendre les rennes de sa propre vie. « Je pense que nous serons plus en sécurité quelque part. Chez l’un de nous, en fait. » Je me stoppe dans mes paroles, soudainement honteux à l’idée d’emmener la jeune femme dans mon lieu d’habitation quelque peu bancal, dont les pans de toiles, maltraités par le temps, menacent de céder à tout instant. Déjà que ma maison ne se trouve pas être à son avantage en temps normal, je doute sincèrement que Tracey serait heureuse d’y mettre les pieds en sachant l’état piteux dans laquelle elle se trouve être présentement. « Et… Ce n’est pas que je veuille m’inviter chez toi, ou te forcer la main, mais je pense que ton appartement pourrait tout de même être mieux qu’une tente adossée à un mur de briques. » je finis par bredouiller malgré moi, baissant de nouveau les yeux pendant un instant alors que mon cœur se serre d’avantage. J’ai perdu mon frère, la considération de ma famille, Marianne et Cersei-Jane, même mon amour propre et à présent, je n’ai même plus un réel toit sous lequel m’abrité. Je suis dépendant du reste du monde – comme tout un chacun, soit, à la différence que je n’ai réellement rien pour moi. Je passe alors ma langue sur mes lèvres, relevant maladroitement la tête pour la regarder, sans le vouloir, avec une expression devant s’avoisiner à celle d’un chien battu.
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MessageSujet: Re: you can't live twice. ◮ (tracey&saíréann)   Mer 24 Sep - 19:23

La présence de Saireann remuait des souvenirs que je voulais oublier. Pourtant, ces souvenirs remontaient à quelques heures seulement. Depuis le temps s'étirait à l'infini, à l'instar d'un vieux chewing-gum trop longtemps mâché. Je déambulais dans un état second, hagarde, en mode radar, mon esprit s'était mis en veille et mon instinct avait repris le contrôle. Je n'étais plus qu'une vieille poupée de chiffon complètement affaissée qui s'affairait à sa tâche comme un automate. Mes gestes étaient incohérents, désordonnés. J'avais même réussi à faire tomber un verre alors que d'ordinaire, je n'étais pas spécialement maladroite. Je n'avais même pas réagi en voyant le récipient se briser en mille morceaux sur le sol. Il s'était passé un certain laps de temps entre le moment où j'ai vu les débris de verre à mes pieds et le moment où je me suis enfin décidée à les ramasser. Lorsque je m'étais adressée au jeune homme qui se tenait face à moi, je n'avais même pas reconnu ma propre voix, plus rauque que jamais. J'étais tout simplement étrangère à la conversation, physiquement j'étais bel et bien présente mais mon esprit était ailleurs. Rectification : il s'était complètement éteint, les récents événements l'avaient annihilé comme on souffle une bougie. Mes mécanismes de défense s'étaient enclenchés. J'occultais la douleur, la peine, l'amertume pour ne pas les subir de plein fouet. Pourtant, ce n'était pas faute de savoir que tôt ou tard mes vieux démons allaient me sauter à la gorge pour mieux m'étouffer. Je fuyais délibérément le regard de mon interlocuteur, refusant tout bonnement de le regarder en face : il présentait les stigmates de mes propres fautes, de mon manque flagrant de jugeote. Où était donc passée la Tracey si réfléchie, qui ne faisait jamais rien sur un coup de tête ? Elle était envolée, disparue, envoyée ad patres, elle n'existait plus, pas même en filigrane. À présent je regrettais, amèrement. Ma propre honte me donnait presque la nausée. Je n'avais même pas fait l'affront d'en rougir, au contraire, j'étais livide comme un linge. Et tandis que je m'accordais le luxe de verser une larme – bien que de toute évidence, je n'avais pas le droit de pleurer, pour le coup j'avais allègrement tendu le bâton pour me faire battre – je me maudissais en silence. En temps ordinaire, je n'aurais jamais fait montre d'une quelconque faiblesse. J'avais volontiers cultivé cette image de dure à cuire qui ne m'était guère plus seyante qu'une frusque jaune à pois roses, mais cette apparence que je voulais bien me donner avait volé en éclats, exactement comme le verre que j'avais ramassé tout à l'heure. Masochiste comme jamais, j'attendais les remontrances du jeune homme. Remontrances qui à mon grand étonnement ne vinrent pas. Au contraire, il venait de réfuter toute tentative d'évoquer ce qui s'était passé quelques heures plus tôt. Les derniers événements étaient devenus tabous. Pourtant, j'aurais voulu qu'il me dise mes quatre vérités, pour une fois, j'aurais même accepté le sempiternel tu vois, je te l'avais dit qui allait de pair. J'aurais voulu qu'il me mette sous le nez mes propres erreurs, qu'il me démontre par A + B à quel point j'avais pu avoir tort, me confirmer ma première impression parce que oui, j'avais merdé et pas qu'un peu.

Au lieu de cela il restait inerte, les bras ballants, me fixant avec l'expression d'un poisson qui serait resté trop longtemps hors de l'eau. J'avais envie de pleurer, de la même façon que j'avais envie de lui envoyer le verre que j'étais en train d'astiquer en pleine visage. J'avais envie de le rouer de coups, de le frapper de toutes mes forces, de lui hurler dessus – pourquoi, l'éternelle question -, de le malmener jusqu'à ce qu'il réplique, jusqu'à ce qu'il me frappe à son tour, mais il ne le pouvait pas, en vertu du serment inviolable qui nous unissait et qui l'empêchait de me faire de mal. Un puissant sentiment de frustration grondait dans mon ventre et me tordait les tripes. J'avais toute cette haine, cette colère, cette rancœur qui montait crescendo en mon for intérieur et que je brûlais d'expier de n'importe quelle façon. Pourtant je restais parfaitement immobile, incapable de bouger, de mettre à exécution mes pensées délétères. D'un côté il valait mieux que les choses se déroulent ainsi, et de l'autre côté, cette inertie n'allait pas aider à désamorcer la bombe à retardement que j'étais devenue – loin de là. Déjà, Saireann se levait, prêt à partir. Je me mordillai la lèvre inférieure, incertaine. Certainement avait-il perçu mes ondes négatives et voilà qu'il fuyait. Lâche semblaient lui lancer mes prunelles furibondes. « Alors qu’attendons-nous pour aller prendre un peu l’air ? » Je retins mon souffle, m'empêchant de soupirer ne serait-ce qu'un peu. C'était donc ça, prendre l'air, fuir cet endroit qui commençait à devenir étouffant. L'ignorance des consommateurs était gerbante, j'en avais des hauts le cœur rien qu'à penser que nul d'entre eux ne savaient ce qui se passait au dehors. Je crois bien que j'avais tout simplement la haine. Sans piper mot, je le suivis, la tête haute, rassemblant tant bien que mal le peu de fierté qui me restait. L'air frais et humide de la capitale britannique me gifla le visage sitôt que j'eus franchi cette maudite porte. Machinalement, je resserrai les pans de mon gilet autour de moi, m'interdisant mentalement de grelotter.  « T’as confiance en tes collègues ? Oublie ça, c’est juste que… Je m’inquiète un peu. »  En l'espace d'un instant j'eus envie de ricaner. Saireann, s'inquiéter pour moi ? Voilà qui méritait de rester inscrit dans les annales. Puis je réalisai la portée de ma propre stupidité. Bien sûr qu'il s'inquiétait pour moi, il se faisait du mauvais sang à mon sujet perpétuellement, simplement parce que nous étions liés par une puissante magie qui faisait que nous ne pouvions pas occulter l'existence de l'autre. Que je le veuille ou non j'étais liée à lui jusqu'à ce que la mort nous sépare et si jamais je venais à tomber, je l'entraînais immédiatement dans ma chute. « Mh. » me contentai-je simplement de marmonner, l'air absent. Bravo ma fille, tu es incapable de prononcer une phrase complète et intelligible de surcroît, qu'allons-nous faire de toi ? C'était la question qui me hantait tandis que je suivais le rafleur sur quelques mètres, gardant le regard obstinément rivé sur la chaussée.

Mes paupières me piquaient, mais non, c'était simplement que j'avais une poussière dans l'oeil. Tout du moins, c'était ce dont j'essayais de me convaincre. Autant dire que mes méthodes d'autopersuasion restaient purement et simplement inefficaces. Tu as merdé. Mes propres paroles me revenaient en mémoire, se répercutant à l'infini, comme un écho dans ma boîte crânienne.  « Je pense que nous serons plus en sécurité quelque part. Chez l’un de nous, en fait. »  Je me figeai instantanément. Je ne savais pas si c'était le nous pour parler de lui et moi qui m'avait choquée, ou si c'était le simple fait de l'inviter à entrer chez moi, dans ma tanière, mais dans tous les cas, ces quelques mots qu'il venait de me lancer ne m'avaient pas laissée de marbre. Lentement, je commençais à mesurer ce que ça impliquait. La question qui se posait alors était sûrement celle de savoir si je lui faisais suffisamment confiance pour lui montrer là où j'habitais. Serment inviolable ou non, il n'en demeurait pas moins un rafleur, et bien que je l'eus proclamé partenaire de crime, je n'étais probablement pas prête à le laisser entrer directement dans mon intimité. Je fis donc ce que je faisais de mieux : feindre l'innocence, faire comme si je n'avais rien entendu. Ma tentative resta infructueuse puisqu'il se permit d'insister un peu plus. « Et… Ce n’est pas que je veuille m’inviter chez toi, ou te forcer la main, mais je pense que ton appartement pourrait tout de même être mieux qu’une tente adossée à un mur de briques. » C'était donc ça ? Tout rafleur qu'il était, Saireann n'était qu'un sans-abri parmi tant d'autre, un SDF comme on disait dans le langage courant. Ainsi le Lord tout puissant ne faisait preuve d'aucune sollicitude à l'égard de ses vassaux ? Quelle que soit la réponse – il devait y avoir des privilégiés partout – c'était bon à savoir. « En effet. » finis-je par concéder, l'air absent, encore perdue dans mes pensées. Je ne pris pas la peine de lui faire part de mes sarcasmes, ce n'était probablement pas ce qu'il avait envie d'entendre. J'étais peut-être une peau de vache, mais je n'étais pas d'humeur à le titiller – pas aujourd'hui. Je n'avais même pas envie de savoir pourquoi il était pour ainsi dire à la rue, sans ressources. N'avait-il pas hérité d'un pécule particulièrement dodu ? « Suis-moi. » dis-je alors, même si une telle indication était superfétatoire. J'enfouis mes mains au fond des poches de mon blouson, la tête baissée je bravais la légère pluie qui commençait à tomber. Pluie qui se métamorphosa en véritable averse lorsque nous arrivâmes dans ma rue, si bien que lorsque je composai le code qui empêchait l'accès à mon immeuble à toute personne étrangère, nous étions trempés jusqu'à l'os. Mes cheveux formaient des queues-de-rat et mon maquillage avait très probablement coulé un peu, rien de très glamour en somme. J'eus à peine refermé le battant que déjà, je me défaisais de mon écharpe et de mon manteau, qui n'était malheureusement pas imperméable. Je l'accrochai à la patère, sans me préoccuper davantage de ce que faisait mon invité. « Ce n'est pas le grand luxe. » commentai-je en enlevant mes talons hauts qui me faisaient un mal de chien « Mais je suppose que ce sera toujours mieux qu'une tente adossée à un mur, comme tu dis. » Silence. « Vas-y, fais comme chez toi. » j'abandonnai alors mes chaussures dans l'entrée, les poussant du pied contre le mur. « Excuse aussi pour le froid polaire qui règne là dedans, mais le chauffage ne fonctionne pas. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir payé la facture. » j'esquissai alors l'ombre d'un sourire, même si de toute évidence le cœur n'y était pas. Enfin, c'était quand même mieux que rien, non ?
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